Qui suis-je ?

Il est temps de me présenter et de partager avec vous quelques bribes de mon histoire. Je vous avoue que parler de moi n’est pas mon exercice favori. Je suis de nature plutôt discrète et je préfère écouter, observer et échanger de façon confidentielle plutôt que de me mettre en avant. Allez ! Je prends mon courage à deux mains et je me lance.

Portrait avec les yeux cachés pour illustrer l'histoire de vorte biographe.

Je m’appelle Natacha, nom de naissance Boscher. C’est un nom de famille d’origine alsacienne, comme dirait ma grand-mère « Beau mais cher ! ». J’ignore tout de la raison de cette affirmation que j’ai pourtant entendu maintes fois au cours de mon enfance… Pour être honnête, je n’aime pas trop mon nom de famille. J’aurais préféré porter celui de mon père, d’origine polonaise et dont les consonances slaves nourrissaient mon imagination et mon envie d’ailleurs.

Enfant, j’étais justement souvent perdue dans mon imagination, dans la lune, à lire un livre ou à rêvasser. Les mots m’ont toujours semblé magiques et propices à s’évader. Depuis toute petite, ma mère m’a toujours lu une histoire le soir. Je suis persuadée que mon goût des livres et surtout des mots remonte à ce rituel d’enfance. J’en garde un souvenir confus, mélange d’émerveillement, de réconfort mais aussi de mystères et de questionnements. L’histoire du soir : cette habitude, je l’ai instaurée avec mes enfants le jour où je suis devenue maman.

Que retenez-vous de votre adolescence ? On a coutume de parler de l’âge ingrat ou de l’âge bête à propos de cette période de vie pleine de bouleversements et de métamorphoses. Je retiens surtout que, pendant cette période de transition, je me sentais tour à tour forte et riche de toute cette vie devant moi puis d’un coup, fragile et démunie. Les accrocs de la vie quotidienne, les petites injustices, les disputes pouvaient prendre des proportions démesurées dans ma tête d’ado en ébullition.

Pour extérioriser mon mal-être, ce « je suis mal dans ma peau », j’en ai tenu des carnets, façon journal d’Anne Frank, à qui je dédiais certaines de mes pages. Il s’agissait alors d’écrire pour extérioriser tout ce qui me rendait triste, me pesait… Je déposais sur le papier toutes ces émotions trop lourdes à porter. C’était ma façon à moi de les gérer, de les mettre à distance et de revenir à un état émotionnel plus équilibré. Ma manière de sécher mes larmes et de retrouver ma joie de vivre. Et puis j’aimais écrire, j’ai toujours été plus à l’aise à l’écrit qu’à l’oral !

Je suis d’un naturel joyeux, pas dans le style du nain de Blanche Neige, non, mais je suis curieuse des autres et sensible à ce qui m’entoure, heureuse d’être en vie. Ainsi, à Marseille, au temps de l’insouciance, j’ai vécu des galopades, des descentes sur les rampes d’escaliers, des parties de billes et de sauts à l’élastique. Ma crise d’adolescence, je l’ai traversé dans la banlieue parisienne : première cigarette, attitudes rebelles, vêtements trop larges, crises de fous rires avec les copines et discussions à bâtons rompus pour refaire le monde. La vie était belle même au milieu des tours en béton.

Puis, j’ai eu un deuil à faire, un deuil qui a longtemps laissé des traces et m’a fragilisé. Une longue période de tempêtes intérieures m’a obligé à effectuer un travail psychologique sur moi-même, à me déconstruire pour mieux me reconstruire, tout un travail de défrichement pour, peu à peu, retrouver une forme d’apaisement, ma joie de vivre et mon enthousiasme. J’ai souvent cette impression d’être revenue de loin et je suis fière aujourd’hui de ce parcours de résilience.

J’ai entamé mon deuil en Belgique, à Liège, où j’étudiais la criminologie pour mieux comprendre l’être humain, sa complexité et ses travers. Je me voyais bien enquêtrice comme Kay Scarpetta, l’héroïne des thrillers de Patricia Cornwell, à défaut d’avoir pu suivre des études de journalisme ! Dans mon kot liégeois, tôt un matin, ma vie a déraillé et le temps a semblé s’arrêter. Certaines envies meurent alors et certains projets perdent de leur importance.

Pendant un temps, les mots ont été un refuge, comme pour garder un lien avec la personne défunte ou tenter de la garder en vie puis, les mots se sont tus et j’ai arrêté d’écrire. Le silence est une étape nécessaire mais vient le moment où il est indispensable de se raconter pour se reconstruire. Alors, petit à petit, le brouillard s’estompe, la tristesse paralysante s’atténue et l’élan vital revient. Poser des mots, a fortiori sur le papier, permet d’extérioriser son vécu douloureux, de lui donner un sens et de rebondir en posant un nouveau regard sur son existence.  

J’ai commencé ma « vie d’adulte » avec ce vide en moi. Je me suis appuyée sur ma force, les mots, pour les manier à bon escient en tant que juriste rédactrice, poste que j’ai occupé pendant de nombreuses années au sein de différentes sociétés. J’entends encore Cécile, ma formatrice lors de mon premier emploi, une jolie âme aujourd’hui disparue, me dire : « Eh ! Mais c’est du droit qu’on écrit, pas de la littérature ! ». Effectivement, le droit et les formules poétiques ne vont pas de paire mais qui aime écrire comprendra sûrement comment la plume, parfois, prend quelques libertés !

De la banlieue, j’ai migré à Paris intramuros, bénévole à mes heures perdues à la Cimade, association qui défend les droits des personnes migrantes, réfugiées ou en demande d’asile. Là, j’ai intégré une permanence dédiée à l’accueil des femmes étrangères, victimes de violences. Lors d’entretiens individuels, je recueillais leurs récits de vie, souvent chargés d’évènements traumatiques. Sans jamais porter de jugement, j’ai écouté leurs souffrances, leurs angoisses et accueilli leurs non-dits, leur soulagement parfois et aussi leur peur du lendemain. Ces histoires, confiées oralement, je les transposais ensuite par écrit, en les structurant, pour les joindre aux demandes d’asile. 

Cette expérience marquante me tient particulièrement à cœur. Je travaillais alors avec ce que j’affectionne le plus : l’humain et l’écriture. Cependant, je ne connaissais pas encore le métier de biographe et j’avais encore du chemin à parcourir dans ma vie personnelle pour renouer avec mes envies. Bien plus tard, j’ai expérimenté à mon tour combien revenir sur son histoire pouvait permettre de redevenir acteur de sa propre vie. Entretemps, c’est en partant vivre au Mozambique, dans la brousse africaine, que j’ai renoué avec un plaisir longtemps oublié : la danse !

Votre biographe dans sa jeunesse qui s'entraîne

Je ne me souviens pas de mon premier cours de danse. Je devais avoisiner les 8 ou 9 ans. J’ai débuté par de la danse classique à l’école de Dominique Casanova à Marseille. Je prenais des cours avec la « mère » Casanova, une dame d’un certain âge, très stricte, qui tenait toujours un bâton dans sa main avec lequel elle martelait le sol. J’étais impressionnée mais tenace, gagnée par le goût de l’effort. J’ai gardé en mémoire les entraînements pour obtenir un bel arrondi des bras, à l’aide d’un crayon tenu dans une main qu’on se devait d’attraper de l’autre, et hop ! on recommence. 

Je retiens des sensations familières telles l’odeur de la colophane, la paume de main qui glisse sur la barre, l’étroitesse du chausson qu’on enfile, l’exaltation de se laisser porter par la musique, la satisfaction de réussir un pas. Jazz, danse africaine, danse folklorique russe avec Tatiana Guermanova, un peu de danse classique de nouveau puis j’arrête tout. Quand on vit un traumatisme de quelque nature qu’il soit, le corps se fige.  Remettre le corps en mouvement est une merveilleuse façon de le guérir de ses blessures émotionnelles.

Au Mozambique, j’ai retrouvé ce goût du mouvement, de bouger en rythme et de se sentir vivant, tout simplement. J’ai vécu des danses, des fêtes et des rencontres qui restent gravées en moi. Cette terre m’a tant appris et donné. J’ai toujours été frappée par l’ancrage de toutes ces femmes que j’ai croisées là-bas, leur posture droite et fière, cette façon de pleinement habiter leur corps. Pour l’heure, je vis près de Lille. J’ai repris le chemin du cours de danse et chaque semaine, je savoure toujours un peu plus le plaisir de danser.

Pour une sophrologue, je ne parle pas beaucoup de sophrologie ! C’est vrai. Pourtant, cette pratique, qui emprunte beaucoup au yoga, m’a aidé à retrouver un ancrage et une sécurité intérieure. Dans mon travail, la sophrologie m’apporte une posture dans la relation à l’autre et une palette d’outils que j’utilise par touches pour détendre, apaiser ou encore aider à la résurgence de la mémoire. Cette posture faite d’accueil, d’écoute active et de non-jugement est essentielle en entretien biographique pour accueillir ce qui relève de la sphère intime et émotionnelle.

Raconter son histoire, a fortiori l’écrire, peut remuer beaucoup de choses : les émotions affleurent. Laisser la place à ce qui vient, accepter ce qui ne peut être changé, est un préalable au changement. Écrire son histoire permet de prendre de la distance avec les événements qui se sont produits, de tirer des enseignements de ses comportements passés, d’identifier ses ressources en toute autonomie, de s’apaiser peut-être et de retrouver la liberté d’être soi-même et ne plus dépendre de son histoire de vie. Tout comme en sophrologie.

Dans mon histoire, tout est lié, tout fait sens, comme une évidence. En me connectant à la vie des autres et à leurs expériences, je m’enrichis et je mesure à la fois toute la beauté et la fragilité de l’existence humaine. J’ai hâte de découvrir votre histoire. Je me ferai un plaisir de la raconter dans un livre spécialement conçu avec vous et pour vous.